janjacq

a nightmare (part 2)

In divorce de pédé, le mecton, moi on 11 novembre 2009 at 08:00
hslimane_dead1

être, ou...

je te plante le décor
ça se passe chez moi, il y a un monde fou chez moi, que des garçons, je ne les connais pas tous
ils te m’ont foutu un sacré bordel, les coussins par terre pour poser son cul, des verres et des canettes de bière vides partout jusque dans les ouatères et dans la chambre où le lit est défait et, tiens, l’ordinateur resté allumé…
un seul des mecs, cédille, est habillé chaudement, comme s’il venait d’arriver, tous les autres se sont mis franchement à l’aise, presque tous sont torse nu, et même…
je ne veux pas voir ça, je tombe dans le seul fauteuil qui ne soit pas déjà occupé, je me suis assis entre Paulo et Olivier, le gros au crane rasé, les seuls que je connaisse avec Wandy que j’ai déjà vu en photo, je ne veux pas voir ça mais mon regard fait pourtant le tour de l’appartement et c’est marrant, il passe au travers des portes et des cloisons parce que debout dans la baignoire, un beau gosse brun qui n’a gardé que des bottes cavalières est en train de s’astiquer sous l’eau de la douche
ça a fait tilt ! ce doit être Diego, le péon argentin, alors tous les autres, ce doivent être tous les mecs à mon chéri !!! Cédric, Patrick, Éric… tous les hics qui m’ont toujours fait… hoqueter
cédille s’est approché de moi, il n’y a que moi qui l’appelle cédille à cause que son petit nom c’est François et queue…, il a toujours son écharpe, et il va s’asseoir le con, il m’a pas vu ou quoi, il s’assoit sur moi, il me passe… au travers, il est assis…
… et moi je suis debout, d’un bond, au milieu de la pièce, j’ai heurté une bouteille de champagne posée sur le tapis, j’aurais dû la renverser et la faire valdinguer, elle n’a pas bougé d’un poil, juste quelques bulles qui me montent à la tête
je me suis approché de la table basse sur laquelle est posé un vieux Libé, un coup de stabilo attire mon attention, il surligne un faire-part dans la colonne nécro :

mon chéri surmonte sa peine pour vous annoncer le décès de son compagnon
janjacQ
victime du sida à l’âge de 39 ans
la crémation a eu lieu au Père Lachaise dans la plus stricte intimité

mes yeux se sont brouillés, janjacQ s’est mis a rougeoyer et le journal a soudainement pris feu sans que personne n’y prête attention…
j’étais mort !
je comprenais mieux, j’étais donc mort ! c’était pourtant pas… désagréable
et cette réunion ?
la conversation allait bon train
- il s’appelait comment déjà ?
- moi, je crois bien que je ne l’ai jamais su…
- ce n’est pas Camille ?
- non, non, je connais Camille, c’est un gamin
- Basile alors ?
- lui c’est un vieux, il a soixante-cinq balais au moins, il était au crématorium, t’as dû le voir… des longs cheveux blancs… des lunettes rigolotes à la Woody Allen… un parapluie rainbow…
- ah oui, la vieille pédale, le parapluie rainbow, pffff… pour des obsèques, pffff…
- mon chéri ne nous a jamais montré de photo, pas à moi en tout cas !
- et puis, on peut même pas le lui demander…
- pas maintenant, non, ce n’est pas le moment !
tous les regards se sont portés vers le canapé, mon chéri, on aurait dit une crevette, complètement à loilpé, était empafé (empalé ? ah bon !) sur un monstrueux god violine, lui, l’irréductible top ! il n’était visiblement pas en mesure de répondre, les yeux exorbités, la bouche pleine de l’énorme braquemart dégoulinant de son mecton, tu sais l’autre, cet …… de clown, ce putain de salaud de bordel de con de sa mère, dis, «♑♂☆☈☁☝♨♫☭☇☂»
cédille, c’est vraiment mon préféré çui-là, cédille n’avait rien dit, il s’est levé et a proposé de regarder sur mon ordinateur, ils allaient bien trouver ma messagerie, il s’est installé devant l’iMac et comme eugenio dormait sur le clavier il a posé le minou sur ses genoux avec une infinie délicatesse
- voyons
cédille a pianoté avec aisance, les écrans défilaient, mais c’est comme si j’avais complètement disparu de mon propre ordinateur, il n’y avait plus aucune trace de moi, on ne pouvait même plus savoir comment je m’appelais, ni mes pseudos, ni à quoi je ressemblais ou à quoi ressemblaient mes avatars
- … peut-être dans les indésirables ?

reflux gastrique, réveil, fin

hslimane_dead2

... ne plus être

that’s the question

a nightmare (part 1)

In actu, moi, what's up doc on 8 novembre 2009 at 08:00
Guillaume

headache

cette nuit, je me suis réveillé en plein cauchemar
un réveil brutal et douloureux, j’avais la bouche et le nez pleins d’un truc qui avait le goût d’un jus d’orange fielleux et l’acidité du citron ou de la bile, ça me piquait, c’était horrible, horribol ! comme aurait dit mon pote Barack
j’ai fait un bond, j’ai filé à la salle de bain, j’ai toussé, j’ai craché, je me suis mouché bruyamment, je me suis micro-diffusé de l’eau de mer physiologique dans chaque narine avec une bombe exprès-pour, re-mouchoir, j’ai avalé deux sachets de Gaviscon®, un médoc exprès-contre
mon toubib appelle ça des reflux gastriques, la faute à toutes les saloperies qu’il me fait bouffer, j’ai bien ma gélule d’oméprazole tous les soirs, la sécu elle veut plus qu’on appelle ça Mopral®, c’est trop cher pour elle, mais quelquefois les clapets anti-retour déconnent quand même, et j’en ai plein le… pif
quand t’es réveillé comme ça, tu te souviens de tes rêves
là, pour moi, c’était un putain de cauchemar, il était trop présent pour que je me recouche comme ça, je suis allé m’asseoir dans la cuisine
- George Harrison !
le dernier Télérama était posé sur la poubelle, il aurait dû être dedans d’ailleurs, changement de semaine oblige, avec en couverture un gros titre, The Beatles, et la photo des quatre garçons de Liverpool quand ils avaient pas vingt piges, en 63, renseignement pris
- le quatrième, c’est George Harrison !
je bichais
la veille au soir, mon chéri et moi on avait buté dessus, on était infoutu de mettre un nom sur le premier à gauche
de droite à gauche, Lennon, Ringo Starr, McCartney, et… et… et…?
mon chéri il avait son nom sur le bout de la langue, pour moi c’était le trou, alors son diagnostic est tombé : Alzheimer ! sympa !
je me suis tapé tout l’article en pages intérieures comme ils disent, d’abord en diagonale à la recherche des noms propres, puis par paragraphes, en vrac, comme au hasard, et enfin une lecture de la première à la dernière ligne, jusqu’à la signature, Laurent Rigoulet pour pas le nommer, un con le Laurent parce qu’il est capable de te pondre tout un papier, Liverpool forever, sans citer une seule fois le nom du quatrième, le trou pour lui aussi, quoi
bon, j’ai appris que le vrai nom de Ringo c’était Richard Starkey, que John et Paul grillaient leur cigarette (ah bon !) dans un cimetière, que les Beatles ne sont pas restés longtemps soudés, mais de là à les amputer d’un membre !
parait que l’oublié, Harrison, on l’appelait The Quiet, le tranquille, alors il est mort il y a huit ans sans que toi ou moi on le sache
j’ai pris un post-it, j’ai griffonné dessus George Harrison – 3:27, j’ai collé ça sur la cafetière pour ce matin, bien en évidence pour mon chéri : Alzheimer ! non mais !
j’allais mieux, je me suis pris un carré de chocolat noir pour me changer la bouche
- Prof, Atchoum, Dormeur, Simplet, Grincheux, Timide, et… et… et Joyeux ! sept !
tu vois, j’avais les sept nains, d’habitude il en manque un, ou deux, là il n’y avait plus guère que le nom de leur nana qui m’échappait, Snow… machin, mais tu sais, moi les nanas c’est pas trop mon truc, dans les films je me souviens du nom des acteurs, presque jamais des actrices
- Barthez, Thuram, Desailly, Lebœuf, Lizarazu, Petit…
quoi ? ouais, t’es comme mon chéri qui sait même pas si le ballon est rond ou ovale, mais le foot ça beau pas être mon truc, je suis capable de te donner toute l’équipe, et les remplaçants en prime si tu veux…
- Aressy, Arfeuil, Bel, Bonino, Chatry…
les vingt-neuf mecs de ma promo aussi, si tu veux, par ordre alphabétique, et c’était pas hier… : Alzheimer ! mon cul !
quoi ? et mon cauchemar ?
ouais, mon billet il s’appelle cauchemar, mais si tu crois que c’est facile à raconter toi, un cauchemar comme celui-là…

j’étais mort !

(à suivre)

l’année où j’ai vieilli (#3)

In je, moi, moi-même, what's up doc on 5 novembre 2009 at 13:00

nota bene : ce billet, comme les deux qui l’ont précédé hier et avant-hier, est dédié à Virginie
ils sont un peu mon commentaire à “Laisser aller…”, je n’aurais pas su faire court, la preuve, sur un sujet qui m’a toujours interpelé
comme Bastoche, à vingt ans je surveillais déjà ma ligne que je voulais garder fil de fer et redoutais la perte du moindre cheveu
mon dieu, ne pas être gros et chauve comme Papa, comme Tonton, comme tous les hommes de ma famille, du côté paternel, putains de gènes…
physiquement, si j’ai très tôt hérité de leur diabète et un plus tard d’une vraie prédisposition aux atteintes cardiovasculaires (pour mon vih, je suis parti à la pêche tout seul, comme un grand, avec le succès qu’on sait), je n’ai pas trop subi l’outrage des ans…
… jusqu’à cette année
mentalement…
… il y aurait à dire et à redire, n’est-ce pas ?

tunis

c’est du plagiat !?
beuh non, c’est juste un emprunt
depuis qu’il a affaire à lui (elle ?) Milo appelle son médecin virologue-infectiologue Docteur House, on se demande bien pourquoi
copier, c’est voler, alors je me suis dit que je pourrais surnommer le mien Lamaison
ça fait cucul, hein, Lamaison ? et puis ça veut rien dire, les vioques y comprennent pas, faudrait qu’y soient bilingue, et puis, Milo, il va mieux dans sa tête, il a une charge virale indétectable bien inférieure à 20 copies, moins de 15, il est armé de 863 CD4, il en a pas besoin avant six mois de son Dr House
alors, je le lui pique, euh… je le lui emprunte, pour faire pratique
mon Docteur House à moi, ça fait un bail, je le connais depuis 1992
tu te rends compte, voila un mec qui me suit depuis dix-sept ans, et il a fallu que j’attende le dernier rendez-vous pour apprendre qu’il était pédé, comme moi
faut te dire que je ne m’étais jamais vraiment retourné, je faisais dos rond, et tête basse je ne regardais que ma queue
comme ma bedondaine me tarabuste, comme lui a un peu perdu de la sienne, je lui ai demandé comment il avait fait, et qu’est-ce que je pouvais faire pour pouvoir regarder mon profil dans les vitrines, pas dans les glaces des portières de bagnole, ça déforme trop, sans avoir envie de prendre mes jambes à mon cou
- il n’y a pas que la tri, ils ont bon dos vos médocs, je n’en prends pas des médocs…
- ok, d’accord !
- et les cinquantièmes grisonnants ou défoliants, vous en faites quoi ?
- ben, j’essaye de lutter… contre vents et marées…
- moi j’ai repris la cigarette…
- bof ! ça ne me tente pas !
- je ne bois plus mon Jack Daniel’s tous les soirs…
- vous m’avez fait arrêter l’alcool il y a quinze ans !
- j’ai acheté un rameur chez Décathlon… j’en fais tous les jours, ou presque…
- j’ai le même à la maison, j’en fais un quart d’heure tous les matins ou presque, parfois plus !
- je vais courir sur les quais…
- je marche, à cause de mon cœur !
je voyais bien que le Docteur House était à cours d’arguments et qu’il n’avait aucune médecine à me proposer
- il faut être… motivé ! j’ai commencé à prendre du poids quand mon ami (e ?) est parti (e ?)
‘tain, ça s’entend pas les e muets, c’est pour ça qu’ils le sont : ami ou amie ?
en fait, je ne me posais même pas la question, je m’en foutais comme de ma première poupée Barbi (e ?), mais il a continué
- quand IL m’a plaqué…
bingo ! c’est moi qui insiste sur le IL, parce que lui a dit ça tout naturellement, comme quelqu’un qui a envie de parler, c’est tout
alors, il m’a confié qu’il était toujours séronégatif, qu’il fréquentait les séropo parce que les négatifs étaient des cons, d’irrécupérables cons, qu’aujourd’hui il ressentait un ostracisme, une espèce de ghettoïsation qui n’existaient pas au début des années sida, que sa solitude lui pesait, qu’il allait, il le sentait bien, recommencer à augmenter son tour de taille…
il m’a parlé de son premier compagnon, mort en 87, le huitième cas de sida diagnostiqué en France par Willy (Rosembaum, son professeur de maître), il m’a parlé de combat, de lutte de tous les jours, d’aujourd’hui où la plupart des pédés séropos vont bien…
- en Afrique ?
- il faut être motivé ! comment va “votre chéri” ?
Docteur House m’a raccompagné vers l’imprimante-photocopieuse d’où sortaient mes ordonnances
- savez-vous ce qu’on va faire, janjacq ? on va se prendre huit jours, un vol aller-retour pour Tunis, une pension complète dans un hôtel quatre étoiles, un rendez-vous dans une clinique privée… et on va se faire liposucer… ça va nous coûter la peau du cul mais bien moins cher qu’ici !

chiche Doc !

bluered

circulez, y a rin à vouair